Pandastique année 2020 à toutes et à tous - Jérôme

# A la une :    #Livres    #22février-JournéeMondialePourSauverLesOurs    #MengXiang&MengYuan@Berlin

Actualités > 2019

 

Pour les 150 ans de la découverte scientifique du panda géant, le Muséum national d'histoire naturelle expose l'individu-type qui a servi à décrire l'espèce

Publié le : 25 octobre 2019  |  Auteur : Jérôme POUILLE

 

L'année 2019 marque le 150ème anniversaire de la découverte scientifique du panda géant. L'existence de cette espèce, connue depuis des millénaires en Chine, a été ramenée en Occident en 1869 par un français, le Père Armand David, natif d'Espelette dans le Pays basque.

 

Le Père Armand David, missionnaire, explorateur et naturaliste - © Jérôme POUILLE

 

De 1862 à 1874, le missionnaire et naturaliste français va mener plusieurs expéditions en Chine pour le compte du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Pendant 25 mois, du 26 mai 1868 au 24 juin 1870, il va explorer la Chine centrale et le Tibet oriental (l'actuelle province du Sichuan).

Le 17 décembre 1868, David finit par atteindre Chongqing. Il quitta Chengdu le 21 février 1869 et arriva le 28 février 1869 dans la principauté de Moupin (l'actuel comté de Baoxing), à environ 250 km à l’Ouest de Chengdu, en chaise à porteurs. Une cinquantaine d’élèves chinois étudiaient dans le collège des Missions Étrangères de Moupin (l'actuelle église de Dengchigou) sous la direction de M. Dugrité, Supérieur du collège de l’Annonciation. Le collège et la mission appartenaient au vicariat apostolique du Setchouan occidental (aujourd’hui Sichuan occidental) qui a pour Pasteur Monseigneur Pinchon. Monsieur Dugrité accueillit David et l’installa dans une petite chambre de la mission.

David va séjourner à Moupin du 1er mars au 21 novembre 1869, 9 mois durant lesquels il fera de cette principauté sa base pour explorer les alentours.

Il y a 150 ans, le 11 mars 1869 précisément, David raconte qu'il a mis à profit une journée ensoleillée pour partir en excursion et chasser plusieurs animaux pour enrichir sa collection et qu'il achève son expédition par un repos chez Li, le principal propriétaire de la vallée de Hong-chan-tin. « En revenant de notre excursion, nous sommes invités à nous reposer chez un certain Li, le principal propriétaire de cette vallée, qui me régale de thé et de sucreries. Je vois chez ce païen une peau plate du fameux ours blanc et noir, qui me paraît assez grande : c'est une espèce très-remarquable, et je me réjouis en entendant dire à mes chasseurs que j’obtiendrai certainement cet animal dans un court délai ; dès demain, me dit-on, les chasseurs vont se mettre en campagne pour tuer ce carnassier qui paraît devoir constituer une nouveauté intéressante pour la science ».

Cette observation encourage David à obtenir plusieurs spécimens de cette espèce qui lui semble nouvelle pour la science. 

Le 23 mars 1869, les chasseurs de David rentrent après dix jours d'absence en lui rapportant « un jeune ours blanc qu'ils ont pris vivant et qu'ils ont malheureusement tué pour le porter plus facilement. » David écrit : « Le jeune ours blanc, qu'ils me vendent fort cher, est tout blanc, à l'exception des quatre membres, des oreilles et du tour des yeux, qui sont d'un noir profond. Ces couleurs sont les mêmes que celles de la peau adulte que j'ai examinée l'autre jour chez le chasseur Li. Il s'agit donc ici d'une espèce nouvelle d'urside qui est très remarquable non seulement par sa couleur, mais encore par ses pattes velues en dessous et par d'autres caractères. »

 

Le jeune panda, le premier reçu par David et envoyé au Muséum national d'histoire naturelle de Paris - © Jérôme POUILLE

 

Le 31 mars 1869, David précise dans les notes de cette journée-là : « On m’annonce la capture d’un grand ours blanc et noir, faite par les chasseurs Yang. »

Le lendemain, le 1er avril, il ajoute : « On me porte l’ours blanc, qu’on me dit être très-adulte ; ses couleurs sont absolument semblables à celles du petit que j’ai déjà ; seulement le noir est moins net et le blanc plus sale. La tête de l’animal est très-grande, le museau rond et court, au lieu d’être pointu comme dans l’ours de Pékin. »

 

Le premier adulte collecté par David, une femelle, qui a permis la première description
de l'espèce. C'est l'individu type de l'espèce - © Jérôme POUILLE

 

Le 15 avril 1869, un autre spécimen arrive. « Mes chasseurs me portent de leur côté un gros ours noir et blanc, mâle adulte. On m’apprend que cet ours, de même que le dernier, n’a point été tué par les chasseurs Li et Han, qui me les ont vendus, mais par la famille Yang. On me dit que cette espèce est plus facile à prendre que l’Ursus tibetanus et qu’elle se nourrit de végétaux, mais qu’elle est très-peu nombreuse dans les plus hautes montagnes boisées. »

L'Abbé Armand David adresse en avril 1869 une correspondance au zoologiste du Muséum Milne Edwards dans laquelle il lui demande « de publier de suite la description sommaire d'un ours qui [lui] paraît devoir être nouveau pour la science », et qu'il va nommer Ursus melanoleucus (ours noir et blanc). La description jointe est la suivante :

 

Nouvelles archives du Muséum d'histoire naturelle de Paris, Bulletin 5, 1869

 

Ce sera la première description du panda géant. Milne Edwards publiera une seconde description détaillée du panda géant en 1870 sur la base des spécimens arrivés de Chine. Il écrira alors que « par sa forme extérieure, il ressemble en effet beaucoup à un ours, mais les caractères ostéologiques et le système dentaire l'en distinguent nettement et le rapprochent des pandas [roux] et des ratons. Il doit constituer un genre nouveau que j'ai appelé Ailuropoda. » Ainsi, le Professeur Alphonse Milne-Edwards conclut à sa parenté avec le raton laveur, le reclassa et le rebaptisa Ailuropoda melanoleuca (« panda noir et blanc »). A partir de ce jour se déchaîna une controverse sur la classification du panda géant, son appartenance ou non à la famille des ours, qui a duré jusqu'à la fin du XXe siècle. Aujourd'hui, il est confirmé et admis par la sphère scientifique que le grand panda appartient bien à la famille des ours. Cette position rejoint la majorité des études sur le sujet comme le démontre en 2004 Olaf R. P. Bininda-Emonds qui publie une étude bibliographique dans l'ouvrage « Giant pandas : biology and conservation » qui montre que deux tiers des quatre-vingt-dix études qui ont pour sujet la classification d'Ailuropoda placent le panda géant avec les ours.

 

Première représentation de l’Ailurope, par Henri et Alphonse Milne-Edwards
Source : Recherches pour servir à l'histoire naturelle des mammifères, 1868-1874

 

A l'occasion du 150ème anniversaire de la découverte scientifique du panda, le Muséum national d'histoire naturelle expose au public les deux premiers spécimens de pandas collectés par David, à savoir un jeune et une femelle adulte. On parle de spécimens « type » car ce sont à partir de ces individus que l'espèce a été décrite pour la première fois.

Les deux individus sont exposés dans la salle des espèces menacées et disparues, au deuxième étage de la grande galerie de l'évolution.

 

Quelques panneaux d'informations à l'entrée de la salle des animaux menacés et disparus de la grande
galerie de l'évolution du MNHN rendent hommage à l'œuvre de David - © Jérôme POUILLE

 

Les deux premiers pandas collectés par David, un jeune et une femelle adulte, et envoyés au Muséum national d'histoire naturelle
de Paris ont permis la première description scientifique de l'espèce, ce sont les individus type de l'espèce - © Jérôme POUILLE

 

Plusieurs vues de la femelle adulte ayant servi à la première description scientifique de l'espèce - © Jérôme POUILLE

 

Pour en savoir davantage sur les missions de David en Chine, sur l'église de Dengchigou (l'ancien collège des Missions étrangères de Moupin) et sur le comté de Baoxing, redécouvrez mes notes suite à mon séjour de 2015 sur les traces du Père Armand David dans le comté de Baoxing.

 

A lire : 

        > Il y a 150 ans jour pour jour, le Père Armand David découvrait l'existence d'un ours noir et blanc, celui qui allait être nommé plus tard panda géant (11 mars 2019)

        > Il y a 150 ans, le Père Armand David arrivait dans la principauté de Moupin, l'actuel comté de Baoxing (1er mars 2019)

        > 25 août 2009 : Fin de la randonnée sur les traces du Père Armand David

 

Pour en savoir plus :

        > Sur les traces du Père Armand David

        > Répartition : Les pandas des monts Qionglai, dans la province du Sichuan 

        > Les réserves naturelles pour protéger l'habitat du panda : Fin 2009, la Chine compte 67 réserves naturelles pour la protection des populations sauvages de pandas

        > Liste des réserves naturelles de l'habitat du panda (PDF)