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Il y a 150 ans, le Père Armand David arrivait dans la principauté de Moupin, l'actuel comté de Baoxing

Publié le : 1er mars 2019  |  Auteur : Jérôme POUILLE

 

L'année 2019 marque le 150ème anniversaire de la découverte scientifique du panda géant. L'existence de cette espèce, connue depuis des millénaires en Chine, a été ramenée en Occident en 1869 par un français, le Père Armand David.

Jean-Pierre Armand David est né le 7 septembre 1826 à Espelette, dans le Pays basque français (Sud-Ouest). Le père d’Armand, Dominique, médecin et Maire d’Espelette, s’intéressait à l’histoire naturelle et ne manquait pas de transmettre à ses cinq enfants le plaisir de la découverte du règne animal et végétal qui les entouraient.

 

Le Père Armand David en habits de fonctionnaire sous la Dynastie des Qing, le 2 août 1872
Source : Notes sur la culture du panda géant

 

Après deux années passées au Grand Séminaire de Bayonne, Armand se rend à Paris en 1848 pour faire son noviciat à la Société des prêtres de la Mission. Cette congrégation créée par Saint Vincent de Paul en 1625, envoie ses prêtres - populairement appelés « Lazaristes » - en mission d'évangélisation dans des régions déchristianisées ou en pays non-chrétiens. La discipline y est sévère et demande une stricte obéissance. Lorsqu’il prononce ses vœux en novembre 1850, il rêve de missions dans des pays lointains mais c’est finalement en Italie, au collège lazariste de Savone près de Gênes qu’il est envoyé pour y enseigner les sciences naturelles.

En 1861, le zoologiste Henri Milne-Edwards, administrateur du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, sollicite auprès de Monsieur Etienne, Supérieur Général des Lazaristes, l’aide de ses missionnaires pour la recherche scientifique française. L’année précédente, l’expédition franco-anglaise de 1859 avait ouvert Pékin aux Européens et s’était terminée par le traité de Tien-Tsin qui stipulait pour les missionnaires le droit d'évangéliser et le Gouvernement avait demandé aux ordres qui se trouvaient en Chine d’y ouvrir au plus tôt des écoles françaises.

« C’est seulement hier que j’ai eu la bonne lettre de Mr [illisible], dans laquelle ce bien-aimé Confrère m’écrit que vous avez la bonté de me proposer de faire partie de la colonie de Missionnaires qui va partir pour fonder un collège à Pékin. J’accepte de tout cœur cette invitation pour une destination qui a été si longtemps le rêve de ma jeunesse ; moi aussi je crois voir une disposition de la divine Providence dans tout ce qui arrive ici pour m’aider à suivre ma première vocation. Ainsi donc, Très-honoré Père, daignez donc me donner un petit avis pour savoir quand et où je dois venir, et en attendant je tâcherai d’arranger ici les choses pour qu’elles ne souffrent pas de mon départ. J’ai le bonheur d’être, Très-honoré Père, votre très reconnaissant et obéissant serviteur. Armand David. 16 octobre 1861. »

C’est ainsi que David marque son approbation pour une mission en Chine. Le départ pour la Chine eut lieu le 20 février 1862, à Toulon sur le Descartes. Après un voyage laborieux de cinq mois environ en contournant l’Afrique par le Sud (l'isthme de Suez n'était pas encore ouvert), David rejoint la Chine par bateau.

De 1862 à 1866, il va ainsi mener ses premières explorations dans les environs de Pékin. En 1863, il explore les montagnes à l'ouest de Pékin et l'année suivante celles situées au nord-est.

Le 26 septembre 1864, Henri Milne Edwards dresse un rapport très élogieux du missionnaire David : « Nous avons trouvé dans le Père Armand David un correspondant non moins actif qu'éclairé. Il a fait au Musée plusieurs envois considérables et l'intérêt des objets qu'il nous adresse est rehaussé par les notes dont il les accompagne. » « J'appelle l'attention de l'administration sur les services rendus au Muséum par ce savant missionnaire et je propose à l'assemblée de lui voter des remerciements. »

C’est en 1865 et 1866 qu’il va découvrir puis acquérir celui qui deviendra plus tard le cerf du Père David (Elaphurus davidianus), alors une espèce nouvelle pour l’Occident. Il écrira que « les chinois donnent à cet animal le nom de Mi-lou et plus souvent celui de Seu-pou-siang, qui signifie les quatre (caractères) qui ne se conviennent pas ; parce qu'ils trouvent que ce renne tient du cerf par les bois, de la vache par les pieds, du chameau par le cou et du mulet par la queue. »

Frappé par la qualité des envois de David, le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris fit des démarches auprès du Supérieur Général des Lazaristes pour qu’il autorise le père David à faire pendant plusieurs années des explorations dans les régions les moins connues de l’Empire avec un financement public du Ministère de l’instruction publique.

Encouragé par ces premiers succès, le père David va mener de 1866 à 1874 trois grandes expéditions naturalistes dans les profondeurs de la Chine.

Du 12 mars au 26 octobre 1866, David va effectuer un voyage de sept mois et demi en Mongolie méridionale. Mais M. David rêvait d’une autre expédition, plus longue que la première ; il voulait explorer le Tibet. Le seul moyen de s'y rendre était de remonter le Yang-tsé-kiang ou fleuve Bleu. Cette exploration de la Chine centrale et du Tibet oriental (Sichuan) va durer 25 mois, du 26 mai 1868 au 24 juin 1870

Le 17 décembre 1868, il finit par atteindre Chongqing. Il quitta Chengdu le 21 février 1869 et arriva le 28 février 1869 dans la principauté de Moupin, à environ 250 km à l’Ouest de Chengdu, en chaise à porteurs. Une cinquantaine d’élèves chinois étudient dans le collège des Missions Étrangères de Moupin (l'actuelle église de Dengchigou) sous la direction de M. Dugrité, Supérieur du collège de l’Annonciation. Le collège et la mission appartiennent au vicariat apostolique du Setchouan occidental (aujourd’hui Sichuan occidental) qui a pour Pasteur Monseigneur Pinchon. Monsieur Dugrité accueillit David et l’installa dans une petite chambre de la mission.

David va séjourner à Moupin du 1er mars au 21 novembre 1869, 9 mois durant lesquels il fera de cette principauté sa base pour explorer les alentours.

Il écrira dans ses récits : « 1er mars 1869 - Lundi, première journée de Moupin. Très-beau temps. Comme je l'ai déjà noté, ce collège de Moupin fut fondé, il y a cinquante ou soixante ans, quand la persécution qui sévissait en Chine obligea les missionnaires à chercher un lieu plus sûr dans les Etats d'un prince Mantze. Alors ces vallées étaient encore entièrement boisées ; et il n'y avait au pays que des indigènes [...]. Peu à peu, cette vallée a pris une apparence chinoise. [...] La principauté de Moupin est l'un de ces nombreux petits Etats barbares dans lesquels se partage toute cette grande région comprise entre la Chine, le Thibet et la Mongolie. Elle est toute hérissée de raides montagnes qui sont encore assez boisées. En s'avançant à l'ouest, le pays s'élève encore, mais les bois diminuent. [...] La montagne la plus haute de Moupin est le Hong-chan-tin : on l'aperçoit de notre collège, qui lui-même se trouve au-dessus de deux mille mètres d'altitude. Autrefois, me dit-on, la forêt avançait jusqu'à deux pas de cette maison qui est assez grande, mais irrégulière, bâtie presque entièrement en bois, et n'ayant que le rez-de-chaussée. Mais, les besoins de l'agriculture ont rapidement diminué les bois ; et aujourd'hui il faut aller assez loin pour les rencontrer. Aussitôt après m'être casé dans la petite et commode chambrette que M. Dugrité a mise à ma disposition, je me hâte d'aller reconnaître les alentours de ma nouvelle demeure où je compte séjourner toute une saison. »

C’est durant son séjour que David va découvrir l’existence d’un ours noir et blanc, celui qui sera dénommé plus tard le panda géant.

Le 11 mars 1869, David raconte qu'il a mis à profit une journée ensoleillée pour partir en excursion et chasser plusieurs animaux pour enrichir sa collection et qu'il achève son expédition par un repos chez Li, le principal propriétaire de la vallée de Hong-chan-tin. « En revenant de notre excursion, nous sommes invités à nous reposer chez un certain Li, le principal propriétaire de cette vallée, qui me régale de thé et de sucreries. Je vois chez ce païen une peau plate du fameux ours blanc et noir, qui me paraît assez grande : c'est une espèce très-remarquable, et je me réjouis en entendant dire à mes chasseurs que j’obtiendrai certainement cet animal dans un court délai ; dès demain, me dit-on, les chasseurs vont se mettre en campagne pour tuer ce carnassier qui paraît devoir constituer une nouveauté intéressante pour la science ».

Le 14 mars 1869, David note que ses chasseurs « n'ont pas pris l'ours blanc ».

Le 23 mars 1869, les chasseurs de David rentrent après dix jours d'absence en lui rapportant « un jeune ours blanc qu'ils ont pris vivant et qu'ils ont malheureusement tué pour le porter plus facilement. » David écrit : « Le jeune ours blanc, qu'ils me vendent fort cher, est tout blanc, à l'exception des quatre membres, des oreilles et du tour des yeux, qui sont d'un noir profond. Ces couleurs sont les mêmes que celles de la peau adulte que j'ai examinée l'autre jour chez le chasseur Li. Il s'agit donc ici d'une espèce nouvelle d'urside qui est très remarquable non seulement par sa couleur, mais encore par ses pattes velues en dessous et par d'autres caractères. »

Le 31 mars 1869, David précise dans les notes de cette journée-là : « On m’annonce la capture d’un grand ours blanc et noir, faite par les chasseurs Yang. »

Le lendemain, le 1er avril, il ajoute : « On me porte l’ours blanc, qu’on me dit être très-adulte ; ses couleurs sont absolument semblables à celles du petit que j’ai déjà ; seulement le noir est moins net et le blanc plus sale. La tête de l’animal est très-grande, le museau rond et court, au lieu d’être pointu comme dans l’ours de Pékin. »

Le 15 avril 1869, un autre spécimen arrive. « Mes chasseurs me portent de leur côté un gros ours noir et blanc, mâle adulte. On m’apprend que cet ours, de même que le dernier, n’a point été tué par les chasseurs Li et Han, qui me les ont vendus, mais par la famille Yang. On me dit que cette espèce est plus facile à prendre que l’Ursus tibetanus et qu’elle se nourrit de végétaux, mais qu’elle est très-peu nombreuse dans les plus hautes montagnes boisées. »

L'Abbé Armand David adresse en avril 1869 une correspondance au zoologiste du Muséum Milne Edwards dans laquelle il lui demande « de publier de suite la description sommaire d'un ours qui [lui] paraît devoir être nouveau pour la science », et qu'il va nommer Ursus melanoleucus (ours noir et blanc). La description jointe est la suivante :

 

Nouvelles archives du Muséum d'histoire naturelle de Paris, Bulletin 5, 1869

 

Ce sera la première description du panda géant. Milne Edwards publiera une seconde description détaillée du panda géant en 1870 sur la base des spécimens arrivés de Chine. Il écrira alors que « par sa forme extérieure, il ressemble en effet beaucoup à un ours, mais les caractères ostéologiques et le système dentaire l'en distinguent nettement et le rapprochent des pandas [roux] et des ratons. Il doit constituer un genre nouveau que j'ai appelé Ailuropoda. » Ainsi, le Professeur Alphonse Milne-Edwards conclut à sa parenté avec le raton laveur, le reclassa et le rebaptisa Ailuropoda melanoleuca (« panda noir et blanc »). A partir de ce jour se déchaîna une controverse sur la classification du panda géant, son appartenance ou non à la famille des ours, qui a duré jusqu'à la fin du XXe siècle. Aujourd'hui, il est confirmé et admis par la sphère scientifique que le grand panda appartient bien à la famille des ours. Cette position rejoint la majorité des études sur le sujet comme le démontre en 2004 Olaf R. P. Bininda-Emonds qui publie une étude bibliographique dans l'ouvrage « Giant pandas : biology and conservation » qui montre que deux tiers des quatre-vingt-dix études qui ont pour sujet la classification d'Ailuropoda placent le panda géant avec les ours.

 

Première représentation de l’Ailurope, par Henri et Alphonse Milne-Edwards
Source : Recherches pour servir à l'histoire naturelle des mammifères, 1868-1874

 

Pour en savoir davantage sur les missions de David en Chine, sur l'église de Dengchigou (l'ancien collège des Missions étrangères de Moupin) et sur le comté de Baoxing, redécouvrez mes notes suite à mon séjour de 2015 sur les traces du Père Armand David dans le comté de Baoxing.

 

A lire : 25 août 2009 : Fin de la randonnée sur les traces du Père Armand David

 

Pour en savoir plus :

        > Sur les traces du Père Armand David

        > Répartition : Les pandas des monts Qionglai, dans la province du Sichuan 

        > Les réserves naturelles pour protéger l'habitat du panda : Fin 2009, la Chine compte 67 réserves naturelles pour la protection des populations sauvages de pandas

        > Liste des réserves naturelles de l'habitat du panda (PDF)