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Accès rapide aux chapitres de la page :

         Répartition passée

         Formation de la distribution actuelle et évolution des effectifs

                    Evolution préhistorique de la répartition géographique et des effectifs

                    Evolution moderne de la répartition géographique et des effectifs

         Répartition actuelle

         Habitat, climat et végétation

         Territoire et domaine vital

                    Taille et occupation du domaine vital

                    Migrations saisonnières

                    Dispersion des jeunes pandas

                    Marquage du territoire

         Un territoire partagé

 

 

De nos jours, le panda géant ne vit plus qu'en Chine à l'état sauvage, dans six grandes chaînes montagneuse. Cependant, ses aires de répartition préhistorique et historique étaient bien largement supérieures à celle d'aujourd'hui. 

 

Répartition passée

Comme détaillé dans le chapitre « Ancêtres et histoire », le plus ancien ancêtre connu du panda géant est Ailurarctos qui vivait il y a 8 millions d’années environ (fin du Miocène). Une branche d’Ailurarctos a évolué en Ailuropoda microta, une forme plus petite du grand panda actuel, mais un peu plus grande qu'Ailuractos, qui occupait de larges aires dans le sud-ouest, le sud, le centre et le nord-ouest de la Chine.

Les fossiles d’Ailuropoda microta ont été retrouvés dans 7 provinces chinoises.

Au milieu du Pléistocène (il y a 600 000 à 700 000 ans), Ailuropoda microta s’est progressivement éteint dans la lutte pour la survie et a été remplacé à la fin du Pléistocène Inférieur par un panda géant de plus grande taille, Ailuropoda melanoleuca baconi. A. m. baconi est l'ancêtre le plus récent du panda géant.

Les fossiles d'Ailuropoda melanoleuca baconi ont été retrouvés dans 18 provinces et même au Vietnam, en Thaïlande et au Myanmar (ex-Birmanie).

L’élévation progressive du Plateau Tibétain et le climat alpin qu’il a créé ont été une barrière naturelle contre l’extension de la distribution du panda géant. Mais ce même Plateau Tibétain a assuré une certaine stabilité climatique durant les périodes de climat froid, notamment dans le centre et l’ouest de la Chine, fournissant ainsi un refuge de végétation pour le panda géant.

Dans les 5 000 dernières années, d’après les ouvrages historiques et les archives, le panda géant était probablement retrouvé dans les provinces du Sichuan, du Gansu, du Shaanxi, du Hunan, du Hubei, du Shanxi, du Yunnan, du Guizhou, du Henan, du Guangdong et dans l'actuelle municipalité de Chongqing.

Avant les années 1950, les 6 monts actuellement occupés par le panda géant étaient interconnectés mais les aménagements humains ont depuis fragmenté son habitat. Depuis les années 1950, la démographie humaine, la déforestation, les activités minières, la construction de routes et de voies ferrées et le développement de secteurs résidentiels ont détruit et fragmenté l’habitat du panda.

 

Carte de répartition historique et préhistorique du panda géant
L'aire de distribution historique (en violet) est estimée à partir des références dans la littérature.
L'aire de distribution préhistorique (en vert clair) est estimée à partir des sites fossiles.
Le secteur couvrant la Thaïlande et le Laos est incertain et estimé à partir du seul site fossile de Thaïlande.
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Formation de la distribution actuelle et évolution des effectifs

Le séquençage du génome du panda géant a permis à une équipe de scientifiques de mieux comprendre l'histoire démographique de l'espèce ; leurs résultats ont été publiés dans la revue « Nature Genetics » de janvier 2013.

Ils ont démontré que les changements climatiques ont été les principaux moteurs de la fluctuation de la population pendant des millions d’années, mais que les activités humaines sont à la base d’un déclin récent et sérieux de la population.

 

Evolution préhistorique de la répartition géographique et des effectifs :

Les auteurs ont analysé l’histoire démographique sur une période allant de 8 millions d’années à 20 000 ans et couvrant ainsi les 3 espèces ou sous-espèces fossiles (Ailurarctos lufengensis, Ailuropoda microta, A. m. baconi). Cette analyse montre deux pics de la population il y a ~ 1 million d’années et ~ 40 000 ans et deux goulots il y a ~ 0,2 million d’années et ~ 20 000 ans.

La première expansion de la population coïncide avec le changement alimentaire vers le bambou (il y a ~ 3 millions d’années lorsque A. microta émerge). L’étude des fossiles montre que A. lufengensis vivait dans des marais manquants de bambous tandis que A. microta se nourrissait principalement de bambous en témoignent des adaptations du crâne et de la dentition. A l’époque de A. microta, le climat était chaud et humide, favorisant ainsi la propagation des forêts de bambous.

La population de pandas a commencé à décliner il y a 700 000 ans pour connaître son premier creux / goulot il y a 200 000 ans, au moment des deux plus importantes périodes de glaciations du Pléistocène en Chine (la glaciation Naynayxungla de 0,78 à 0,50 million d’années et la glaciation Penultimate de 0,30 à 0,13 million d’années). De plus, les fossiles montrent qu’il y a 750 000 ans, A. microta a été remplacé par A. m. baconi (l’espèce de panda à la taille du corps la plus grosse). Un climat froid pourrait avoir contribué à l’extinction de A. microta et facilité l’apparition de A. m. baconi, ou bien A. m. baconi qui est plus gros aurait pu évoluer à partir de A. microta pour s’adapter à ce temps extrême.

La seconde expansion de la population se produit après le retrait de la glaciation Penultimate et la population de pandas atteint son apogée il y a 30 000 à 50 000 ans. Le temps chaud durant la période « Greatest Lake » (il y a 30 000 à 40 000 ans) pourrait avoir contribué à l’expansion de la population, comme les forêts de conifères (habitat du panda) ont atteint leur plus grande extension à ce moment.

Le second rétrécissement de population a eu lieu lors du dernier maximum glaciaire (il y a ~ 20 000 ans) lorsque les glaciations alpines ont eu pour résultat la perte d’habitats pour le panda.

 

Evolution moderne de la répartition géographique et des effectifs :

Les auteurs ont identifié 3 populations distinctes qui montrent une adaptation génétique à leur environnement. Dans ces 3 populations, les activités anthropiques ont négativement affecté les pandas depuis 3 000 ans.

Tandis que les précédentes études montraient que seule la population de Qinling était génétiquement distincte des autres, l'étude de 2013 démontre que 3 populations sont génétiquement distinctes : celle des monts Qinling (QIN), celle des monts Minshan (MIN) et celle du complexe Qionglai-Daxiangling-Xiaoxiangling-Liangshan (QXL).

Les auteurs ont estimé l’évolution récente de la démographie (d’il y a 20 000 ans à nos jours). La simulation montre que la population des monts Qinling s’est séparée des autres il y a ~ 300 000 ans (intervalle de confiance de 95 % pour la période 0,1-0,7 million d’années) correspondant au début de la glaciation Penultimate. Il y a environ 40 000 ans, la population non-QIN s’est agrandie de 300 % tandis que la population QIN a perdu ~80 % de son effectif initial, cela correspond avec une expansion de l’habitat dans les régions habitées par les pandas non-QIN. Après cet événement, la population non-QIN a commencé à décliner tandis que la population QIN est restée stable. D’un point de vue génétique la population non-QIN a divergé en deux populations MIN et QXL il y a 2 800 ans (intervalle de confiance de 95 % pour la période 400-4100 ans), ce qui a donné lieu à la tendance actuelle de trois populations de pandas génétiquement distinctes. Ces 3 populations ont fluctué selon 3 trajectoires : la population QIN a diminué, la population MIN a légèrement augmenté et la population QXL a augmenté de façon plus sensible.

Les causes probables du déclin de la population QIN sont la perte d’habitat et les activités humaines. Les études de pollens arboricoles ont montré qu’il y avait eu un déclin continu et important des habitats forestiers dans le nord de la Chine, y compris dans l’habitat de la population QIN, il y a environ 4 000 ans. Et cela n’est pas causé par des changements de climat mais par des perturbations d’origine anthropique. Durant la période 770-486 avant J.-C., des améliorations révolutionnaires des techniques agricoles ont permis un important développement agricole et notamment par la reconquête de bois. Durant les 2 500 prochaines années (~500 avant J.-C. à aujourd’hui), la partie nord de la région de Qinling est restée une des aires les plus prospères de la Chine centrale conduisant à un pouvoir géopolitique centralisé et à une extension des habitats humains, ce qui a entraîné un appauvrissement des forêts environnantes. De plus les humains ont commencé à tuer des pandas pour le sacrifice, le divertissement et l’offrande. Les auteurs de l'étude soutiennent que ce sont ces activités humaines qui ont été responsables du déclin de la population QIN même s’ils n’excluent pas que des événements écologiques stochastiques (ex : floraison des bambous à grande échelle, maladies infectieuses ou mortelles) ou des problèmes physiologiques internes à la population de pandas aient contribué à ce déclin (cependant, ils rappellent qu’il n’y a aucune preuve de survenance de ces événements).

Les 2 populations MIN et QXL sont géographiquement séparées par la vallée de la rivière Min, où le peuple ancien Shu a établi un royaume (dans l'intervalle d'il y a 6 700 à 2 300 ans) et a construit la plus importante route connectant son royaume au monde extérieur. Les auteurs font l'hypothèse qu'une telle barrière géographique, accompagnée d'une déforestation régionale et des activités humaines, peuvent être à l'origine de la séparation initiale de ces 2 populations il y a ~ 2 800 ans. L'augmentation des populations MIN et QXL coïncide avec le retrait du peuple Shu des habitats du panda vers les plaines et ainsi l'abandon de la route. Cette réduction régionale des activités humaines a dû permettre une restauration de l'habitat dans ces secteurs. La colonisation de nouveaux habitats peut avoir permis l'expansion de la population.

Il y a ~ 2 400 ans, une nouvelle route nord-sud a été établie dans les monts Qinling, plaçant ainsi davantage de pression anthropique sur les pandas QIN, résultant en un déclin de cette population.

 

Répartition actuelle

De nos jours, les pandas géants ne subsistent plus à l'état sauvage que dans le centre de la Chine, dans les trois provinces du Shaanxi, du Gansu et du Sichuan. Ils se répartissent dans 6 grands massifs montagneux : les monts Qinling dans les provinces du Shaanxi et du Gansu, les monts Minshan dans les provinces du Gansu et du Sichuan et les monts Qionglai, Daxiangling, Xiaoxiangling et Liangshan dans la province du Sichuan.

 

L'habitat du panda géant est ici représenté en vert foncé, et s'étale sur les trois provinces
du Sichuan (en jaune), 
du Gansu (en rose) et du Shaanxi (en bleu)

 

Zoom sur l'habitat du panda géant (en rose) et localisation des 6 grands monts

 

D'après les résultats du 4ème recensement national des pandas géants et de leur habitat, mené de 2011 à 2014 et dont les résultats ont été publiés en février 2015, il reste 1 864 pandas sauvages dans la nature, contre 1 596 pandas sauvages il y a 10 ans lors du 3ème recensement. 268 pandas supplémentaires ont été dénombrés, soit une hausse de 16,79 % comparé au 3ème recensement.

 

Ci-dessous le détail provinces par provinces : 

PROVINCES 4ème RECENSEMENT 3ème RECENSEMENT
Effectifs Proportion Effectifs Proportion
Shaanxi 345 18,51% 273 17,11%
Gansu 132 7,08% 117 7,33%
Sichuan 1 387 74,41% 1 206 75,56%
TOTAL 1 864 100,00% 1 596 100,00%

 

Ci-dessous le détail monts par monts : 

MONTS 4ème RECENSEMENT 3ème RECENSEMENT
Effectifs Proportion Effectifs Proportion
Qinling 347 18,62% 275 17,23%
Minshan 797 42,76% 708 44,36%
Qionglai 528 28,33% 437 27,38%
Daxiangling 38 2,04% 29 1,82%
Xiaoxiangling 30 1,61% 32 2,01%
Liangshan 124 6,65% 115 7,21%
TOTAL 1 864 100,00% 1 596 100,00%

 

Les 1 864 pandas sauvages sont fragmentés en 33 sous-populations quasi-isolées les unes des autres. 22 de ces 33 sous-populations comportent moins de 30 individus chacune, la plupart d'entre-elles se situent dans la partie nord-ouest des monts Minshan. Seulement 6 sous-populations comptent plus de 100 individus. Ces 33 sous-populations se répartissent ainsi : 6 sous-populations dans les monts Qinling, 12 dans les monts Minshan, 5 dans les monts Qionglai, 3 dans les monts Daxiangling, 2 dans les monts Xiaoxiangling et 5 dans les monts Liangshan.

D'un point de vue administratif, les 1 864 pandas se répartissent sur 196 municipalités (villes / villages), rattachés à 49 comtés et 17 villes-préfectures.

La densité des pandas (données issues du 4ème recensement) est de 0,0723 panda / km², contre 0,0692 panda / km² lors du recensement précédent. La densité de pandas a augmenté dans les monts Qinling, Minshan et Qionglai mais a diminué dans les monts Daxiangling, Xiaoxiangling et Liangshan. La densité de pandas a augmenté dans les 3 provinces mais elle est plus importante dans la province du Shaanxi, et est presque stable dans celle du Sichuan. En moyenne, la densité de pandas a augmenté de 0,0031 panda / km².

L'habitat (confirmé) du panda a progressé de 11,78% entre le 3ème et le 4ème recensement. Il passe d'une superficie de 2 304 991 hectares à 2 576 595 hectares. La province du Sichuan est celle qui bénéficie de la plus forte augmentation (+14,25%), suivi par la province du Shaanxi (+3,66%) et celle du Gansu (+3,30%). Ce sont les monts Daxiangling et Xiaoxiangling qui connaissent la plus forte progression (+51,64% et +48,83% respectivement), suivis par les monts Liangshan (+37,18%), les monts Qionglai (+12,89%), les monts Qinling (+5,38%) et enfin les monts Minshan (+1,15%). Ci-dessous le détail provinces par provinces et monts par monts :

 

PROVINCES 4ème RECENSEMENT 3ème RECENSEMENT
Habitat en hectares Proportion Habitat en hectares Proportion
Shaanxi 360 587 13,99% 347 864 15,09%
Gansu 188 764 7,33% 182 735 7,93%
Sichuan 2 027 244 78,68% 1 774 392 76,98%
TOTAL 2 576 595 100,00% 2 304 991 100,00%

 

 

MONTS 4ème RECENSEMENT 3ème RECENSEMENT
Habitat en hectares Proportion Habitat en hectares Proportion
Qinling 371 915 14,43% 352 914 15,31%
Minshan 971 319 37,70% 960 313 41,66%
Qionglai 688 759 26,73% 610 122 26,47%
Daxiangling 122 869 4,77% 81 026 3,52%
Xiaoxiangling 119 364 4,63% 80 204 3,48%
Liangshan 302 369 11,74% 220 412 9,56%
TOTAL 2 576 595 100,00% 2 304 991 100,00%

 

Aux 2 576 595 hectares d'habitat confirmé, il convient d'ajouter environ 910 000 hectares d'habitat potentiel (détail de ce chiffre non communiqué à ce jour).

Seulement un peu plus de la moitié (55,6%) de l'habitat du panda est de bonne qualité ; 16,8% est de qualité moyenne et 27,6% de faible qualité. Ce sont les monts Qionglai qui possèdent la plus forte proportion d'habitats de bonne qualité (74,5% de l'habitat total dans les monts Qionglai) ; les monts Xiaoxiangling possèdent la plus faible (seul 29,9% de l'habitat dans ces monts est de bonne qualité).

 

Pour en savoir plus :

        > Les résultats détaillés du 4ème recensement national des pandas géants et de leur habitat (9 juin 2015)

        > 1 864 pandas vivent à l'état sauvage selon le 4ème recensement national des pandas géants et de leur habitat (1er mars 2015)

        > Menaces qui pèsent sur les pandas sauvages et leur habitat, et mesures de protection

        > Les réserves naturelles pour la protection des derniers pandas sauvages

 

 

Habitat, climat et végétation

Dans sa partie orientale, le plateau tibétain se poursuit par une série de montagnes très découpées. Les mouvements de l'écorce terrestre, à l'ère tertiaire, ont créé ici toute une série de massifs aux pentes abruptes, entaillés de profondes vallées, serrés contre les hautes terres de l'Ouest et ouverts sur les plaines de l'Est.

Cet ensemble montagneux présente des composantes climatiques et biologiques originales. C'est là que le grand panda survit aujourd'hui, entre 2 000 et 3 800 mètres d'altitude. Dans les monts Qinling, les pandas vivent généralement à des altitudes plus faibles, comprises entre 1 200 et 3 100 mètres.

L'habitat du panda géant est donc souvent composé de profondes vallées sillonnées de cours d'eau et de hautes montagnes. Les hommes y sont rares ou en tout cas les pandas auront tendance à s'implanter dans des territoires suffisamment éloignés des installations humaines ; une des explications à la fragmentation du territoire du panda.

Le climat frais et humide offre une végétation luxuriante et fournit au panda géant un environnement agréable où il est facile de se cacher. Il est ainsi difficile de voir un panda qui se trouverait même à quelques mètres ! L'hiver est froid, sans extrêmes trop marquées (les températures descendent rarement en dessous de -12°C). Les sommets élevés protègent ce côté-ci des montagnes de l'air glacial du Tibet, du Xinjang ou de la Mongolie. Autour de 2 000 m, la neige peut durer de novembre à mars. L'été est généralement humide et les températures dépassent rarement les 22°C. Le taux d'humidité dans cet écosystème est élevé.

Cinq conditions sont nécessaires pour qu'un habitat soit favorable pour le panda géant : un espace adéquate, des bambous en abondance, une distance modérée à un point d’eau, l’existence de sites pour la reproduction, et peu ou pas de perturbations humaines. Les éléments clefs sont le bambou, l’eau et la tanière.

Les pandas sélectionnent généralement les forêts avec des densités en bambous modérées à élevées, à des altitudes moyennes, à la fois des forêts primaires et secondaires, et des secteurs éloignés des activités humaines. Ils ne sélectionnent pas les pentes raides.

Enfin, les pandas sauvages montrent une nette préférence pour les forêts anciennes. Les scientifiques suggèrent certaines explications : les bambous pousseraient mieux sous les grands arbres – donc les arbres âgés – et produiraient de jeunes pousses plus tendres et plus riches en sucres nutritifs. Les grands arbres présenteraient aussi des cavités pouvant servir de tanières de mise bas aux pandas femelles.

Ce dernier point est important car de nombreuses forêts anciennes ont été déforestées en Chine et malgré le moratoire de 1998 sur l'exploitation forestière, les forêts régénérées qui ont remplacé les anciennes forêts coupées ne remplissent pas encore les critères préférés par les pandas.

 

Paysages de la réserve naturelle d'Anzihe - 30 mars 2015 - © Jérôme POUILLE

 

Paysages de la vallée de Guobayan dans la réserve naturelle de Fengtongzhai - 1er avril 2015 - © Jérôme POUILLE

 

Dans l'habitat du panda, le climat et la végétation varient avec l'altitude.

Par exemple, au sein de la réserve naturelle de Wolong (province du Sichuan), les zones climatiques verticales se répartissent comme cela des altitudes les plus faibles vers les plus élevées :

   - zone subtropicale en dessous de 2 000 m,
   - zone tempérée entre 2 000 et 2 600 m,
   - zone tempérée froide entre 2 600 et 3 600 m,
   - zone polaire entre 3 600 et 4 400 m,
   - zone alpine entre 4 400 et 5 000 m,
   - zone alpine avec neiges éternelles au dessus de 5 000 m.

Toujours à Wolong, la végétation s'étage verticalement selon les modalités suivantes :

   - en dessous de 1 600 m : forêts de feuillus à feuilles persistantes,
   - entre 1 600 et 2 000 m : forêts mixtes de feuillus à feuilles persistantes et caduques,
   - entre 2 000 et 2 600 m (altitudes occupées par les pandas géants) : forêts mixtes de conifères et de feuillus,
   - entre 2 600 et 3 600 m (altitudes occupées par les pandas géants) : forêts de conifères,
   - entre 3 600 et 4 400 m : arbustes sub-alpins,
   - entre 4 400 et 5 000 m : pelouse alpine,
   - au dessus de 5 000 m : pas de végétation (étage nival : neiges éternelles).

 

Sous-bois de bambous dans l'habitat du panda géant, vallée de Guobayan, réserve naturelle de Fengtongzhai
1er avril 2015 - © Jérôme POUILLE

 

Les espèces de bambous dont se nourrit le panda varient en fonction de l'aire géographique (des 6 grands monts) mais aussi de l'altitude occupée. Par exemple, les pandas des monts Qinling se nourrissent majoritairement de deux genres de bambous : Bashania fargesii préférentiellement retrouvé entre 800 et 2 000 mètres d'altitude et trois espèces de Fargesia sp. entre 1 800 et 3 100 mètres. Au contraire, ceux de la réserve naturelle de Wolong (monts Qionglai) passent plus de 85% de l’année au-dessus de 2 600 m dans les bambous Sinarundinaria fangiana, fréquentant Fargesia spathacea à des altitudes plus faibles en mai et juin, la saison où les nouvelles pousses sont une nourriture favorite.

 

Pour en savoir plus : 16 janvier 2011 : Une récente étude montre que les pandas sauvages préfèrent les forêts anciennes

 

 

Territoire et domaine vital

Le panda géant est un animal solitaire. Chaque individu occupe un territoire donné, avec une aire centrale préférentiellement utilisée. Les rencontres en dehors de la saison des amours sont rares, et ce même si les territoires peuvent se superposer.

 

Taille et occupation du domaine vital :

Pan Wenshi, qui a étudié les pandas géants des monts Qinling pendant 15 années, a entre autres évalué les modalités de l'utilisation de l'habitat et du territoire. Voici ci-dessous une synthèse des résultats de ses travaux.

La taille moyenne de l'habitat était de 10,6 km², variant de 3,3 à 28,9 km² selon les individus. Cette taille des domaines vitaux est généralement supérieure à ce qui a été trouvé dans la réserve naturelle Wolong (3,9 - 6,2 km²). Les mâles à Qinling ont généralement des domaines vitaux plus grands (7,6 - 28,9 km²) que les femelles (3,3 - 20,2 km²). Les domaines vitaux se chevauchent les uns les autres. Les modalités de l'utilisation du territoire diffèrent selon le sexe, les mâles adultes ont tendance à se déplacer largement à l'intérieur de leur territoire, tandis que les femelles ont tendance à concentrer leur utilisation dans certaines portions appelées noyaux d'habitat (aires centrales). Les mâles adultes utilisent leurs territoires de manière à maximiser leur opportunité de se reproduire ; les femelles adultes ont pour stratégie d'élever leurs petits avec succès.

Un domaine vital doit être assez grand pour fournir toutes les ressources nécessaires (s'alimenter et se reproduire) mais pas trop large pour limiter les dépenses énergétiques. Les bambous très abondants ne sont généralement pas le facteur déterminant pour la taille du domaine vital, les mâles tendent à agrandir leur territoire pour gagner des accès à davantage de femelles, tout en balançant ce gain avec une hausse des dépenses énergétiques. Ceci dit, comme le montre l'exemple du mâle dominant Dabai suivi par Pan Wenshi, il ne suffit pas d'avoir un grand territoire pour qu'il soit optimisé dans son recoupement avec les noyaux d'habitat (= la partie de territoire la plus intensément utilisée) de plusieurs femelles. Par contre pour les mâles n'ayant pas une position si dominante, ils n'ont guère le choix que d'augmenter la taille de leur territoire pour maximiser leurs opportunités de s'accoupler. Une position dominante ne se manifeste donc pas nécessairement par une taille importante de domaine vital mais plutôt dans la capacité à avoir un territoire qui se superpose avec des femelles en œstrus.

Les mâles tendent à adopter une utilisation dispersée de leur territoire tandis que les femelles tendent à adopter une utilisation plus concentrée de leur territoire. Cela est logique. Après avoir atteint l'âge adulte, les femelles passent presque la moitié de l'année impliquée dans la reproduction et l'élevage d'un petit né dans l'année ou un petit plus vieux. Pendant ce temps, ce ne serait pas adapté d'avoir un large territoire, au contraire c'est mieux qu'elles se concentrent sur des habitats qui lui fournissent des conditions optimales et stables. Pour ce qui concerne les mâles, en dehors de se nourrir, ils se concentrent sur les femelles (patrouille, défense du territoire, et évaluation du statut des femelles) avec l'objectif de maximiser leur probabilité de se reproduire.

Les zones les plus utilisées dans le domaine vital sont fortement défendues. Les femelles expriment des comportements défensifs lorsque leurs jeunes sont petits et incapables de se défendre eux-mêmes. Comme elles se déplacent souvent avec leurs petits, leurs aires territoriales ne sont pas fixées. Lorsque le petit sait grimper aux arbres, les femelles adoptent un comportement défensif davantage basé sur la fuite que l'agression.

Pan Wenshi et son équipe ont eu l'occasion d'observer et d'étudier la femelle Jiao Jiao et les cinq petits auxquels elle a donné naissance. Voici un résumé des liens sociaux qu'ils ont pu observer et qui témoignent de rencontres possibles mère / fils / fille ou frère / sœur :

Jiao Jiao a donné naissance à son premier petit, le mâle Hu Zi, en août 1989 qui est resté avec elle jusqu'à ce qu'elle donne naissance à son second petit, la femelle Xi Wang, en août 1992. Même après la naissance de Xi Wang, les domaines vitaux de Jiao Jiao et Hu Zi se superposaient substantiellement. Le lien avec sa fille Xi Wang a commencé à se rompre lorsque Jiao Jiao a connu un nouveau cycle reproducteur (Xi Wang était alors âgée de 18 mois), mais Xi Wang continuait à passer beaucoup de temps dans le domaine vital de sa mère. En août 1994, Jiao Jiao a donné naissance à son troisième petit, le mâle Xiao San. Le 14 octobre 1994, Xi Wang s'est approchée à 10 mètres du petit, dans le noyau d'habitat, mais n'a pas été chassée par sa mère. Au contraire, elles se sont appelées et sont restées proches l'une de l'autre pendant presque 5 heures. Le 16 juillet 1996, les chercheurs ont observé Xi Wang et Xiao San dans le même arbre tandis que Jiao Jiao était à environ 200 mètres se préparant pour sa quatrième mise-bas. En août 1996, Jiao Jiao donne naissance à une femelle. Le 9 septembre 1996, les chercheurs ont observé Xi Wang voyageant avec son jeune frère Xiao San, alors âgé de 2 ans, et se positionnant entre son frère et les chercheurs, le protégeant ainsi d'un éventuel danger. A seulement 10 mètres, un autre panda, de taille impressionnante, se nourrissait sans réagir, il devait s'agir très probablement de Hu Zi. Les 4 petits de Jiao Jiao ont passé du temps proches les uns des autres avec des noyaux d'habitat proches et des domaines vitaux se superposant. En août 1997, Xi Wang, âgée de 5 ans, a migré dans un secteur à l'ouest mais adjacent à celui de sa mère à la recherche d'une tanière (elle était enceinte). Hu Zi a atteint sa maturité sexuelle en mars 1994 en fréquentant les zones de rassemblements pour la reproduction. En mars 1996, il conquiert la femelle Nu Xia qui donne naissance en août 1996 dans une tanière à seulement 200 mètres de celle où Jiao Jiao a donné naissance à Hu Zi. A l'âge de 7 ans, Hu Zi n'avait jamais vraiment quitté son aire natale.

Le domaine vital de Hu Zi se superposait avec celui de sa mère (75%), de son frère Xiao San (48%), de sa jeune sœur Xi Wang (35%), tandis que la superposition avec d'autres pandas non liés variait de 24 à 33%.

Les auteurs font l'hypothèse que les mâles sont philopatriques (tendent à rester ou revenir à l'endroit où ils sont nés), restant ainsi vers leur aire natale. Ils héritent d'une part du domaine vital de leur mère, établissant ainsi leur propre domaine vital près de leur mère. Au contraire, les jeunes femelles se dispersent dès qu'elles sont prêtes, établissant leur propre domaine vital dans une nouvelle localisation.

De nombreuses choses restent à découvrir sur la «société » des pandas géants, malgré que cet animal soit majoritairement solitaire ; et notamment sur les liens familiaux et les contacts entre semblables.

A noter que des études récentes (2015), qui utilisent la technologie GPS (contrairement aux études précédentes qui utilisaient la radio-télémétrie), semblent montrer que les domaines vitaux ainsi que les aires centrales (noyaux d'habitat) sont plus grandes vastes qu'imaginé jusqu'alors.

 

Migrations saisonnières :

La plupart des pandas géants effectuent des migrations entre des habitats d'hiver et des habitats d'été. L'amplitude, la durée et le moment de ces migrations saisonnières varient selon l'aire de répartition.

Par exemple, les pandas de Qinling montent entre 2 000 et 2 900 mètres d'altitude à la fin du printemps ou au début de l'été dans des forêts de Fargesia, et descendant à des altitudes comprises entre 1 350 et 2 000 mètres dans des forêts de Bashania vers la fin de l'été ou au début de l'automne. Ces migrations suivent l'appétence du bambou, la température et les chutes de neige. Par ailleurs, il existe une grande variation dans la durée où les pandas restent dans leur habitat d'été (de 28 à 116 jours) ; durée non liée au sexe. Les femelles enceintes descendent généralement plus tôt vers leurs habitats d'hiver.

Au contraire, à Wolong, Schaller et al. ont documenté que les pandas passaient la plus grande partie de leur temps dans les forêts de Sinarundinaria fangiana à 2 600 - 3 200 mètres d'altitude, avec seulement quelques descentes à 1 600 - 2 300 mètres pour se nourrir des nouvelles pousses fraîches de Fargesia robusta pendant un mois durant le printemps, avant de retourner dans les bosquets de Sinarundinaria fangiana.

 

Dispersion des jeunes pandas :

Les jeunes pandas vont rester avec leur mère jusqu'à l'âge d'au moins un an et demi, voire même 2 ans et demi et certains cas sont rapportés de jeunes qui ne quittent leur mère qu'au troisième printemps (à l'âge donc de 3 ans et demi). Après la séparation, ces jeunes pandas sub-adultes vont chercher à établir leur propre territoire.

Les études in situ semblent montrer que cette espèce présente un système de dispersion basé sur les femelles, en d'autres termes les femelles s'établissent généralement loin du territoire de leur mère après une migration ; au contraire les mâles ont tendance à s'établir sur un territoire assez proche. Ce sont donc les femelles qui se dispersent pour éviter de se reproduire avec des mâles qui pourraient être leur père (et ainsi éviter la consanguinité) mais également pour éviter la compétition notamment pour des ressources clefs comme l'accès à des tanières.

Pour en savoir plus : La reproduction et la croissance du jeune

 

Marquage du territoire :

Comme décrit précédemment, le panda géant est un animal solitaire. Ainsi, les individus vont s'appuyer sur la communication pour délimiter les pourtours de leur territoire. Cette communication est principalement olfactive mais aussi vocale. Mâles et femelles marquent chimiquement leur territoire, toute l'année, avec une accentuation au printemps, à la saison des amours.

Ce volet « marquage du territoire » est développé dans le chapitre « communication ». 

Pour en savoir plus : La communication chez le panda géant

 

 

Un territoire partagé

Les conditions climatiques et végétales propices aux pandas géants le sont également pour de nombreuses autres espèces vivantes, plantes comme animaux.

Cet écosystème habité entre autres par le panda géant est qualifié de « point chaud de biodiversité » pour sa richesse écologique et son caractère menacé.

Protéger l'habitat du panda géant, c'est protéger un écosystème unique, très riche, abritant des centaines d'autres espèces animales et végétales sous le « parapluie » du panda. Plus de 10% des espèces de mammifères connues dans le monde vivent en Chine et parmi elles 18% sont endémiques de Chine. A ce jour, 179 espèces de mammifères partagent le même habitat que le panda géant, soient 32% des mammifères qui vivent en Chine. On dénombre également 565 espèces d'oiseaux, 31 espèces de reptiles, 92 espèces d'amphibiens et 132 espèces de poissons dans l'habitat du panda.

Plus de 96% de l’habitat du panda recoupe des secteurs avec au moins une espèce endémique. L’habitat du panda abrite 30 espèces endémiques de mammifères, 35 d’oiseaux et 31 d’amphibiens.

 

Exemple de la sympatrie des pandas géants et roux dans la réserve naturelle de Yele :

Pandas roux et géants sont des espèces sympatriques dans les monts Qionglai, Minshan, Xiangling et Liangshan qui se nourrissent des mêmes espèces de bambous. Une étude (basée sur les crottes) a été menée dans la réserve naturelle de Yele (Sichuan) pour déterminer quelles ressources et quels habitats sont utilisés par chaque espèce de panda.

Dans cette réserve, les deux pandas se trouvent entre 2 800 et 3 700 m d'altitude et se nourrissent principalement de Bashania spanostachya.

En termes d'utilisation de l'habitat, les deux espèces diffèrent sur les points suivants :

   - le pourcentage de bambou dans le régime alimentaire annuel (panda géant 99%, panda roux 98%).

   - le pourcentage de feuilles dans le régime alimentaire annuel (panda géant 35-40% environ, panda roux 90% environ).

   - le choix des pousses de bambous (panda géant : longues et robustes, panda roux : courtes et robustes).

   - l'utilisation du micro-habitat : l'analyse de 19 variables de l'habitat montre que le panda géant préfère les sites avec des pentes faibles, une faible densité d'arbres tombés, d'arbustes et de pieds de bambous tandis que les pandas roux affectionnent les pentes raides avec une forte densité d'arbres tombés, d'arbustes et de pieds de bambous.

 

L'aire de répartition du panda roux est plus vaste que celle du panda géant. A l'état sauvage, il vit au Népal,
au nord-est de l'Inde, au Bhoutan, au nord du Myanmar (ex-Birmanie) et en Chine dans les provinces du Sichuan,
du Yunnan et au Tibet. En Chine, le panda roux partage son habitat avec celui du panda géant dans les Monts
Minshan, Qionglai, Liangshan, Daxiangling et Xiaoxiangling. Les pandas roux sont cependant capables de survivre
sur des pentes plus abruptes et à des altitudes plus élevées (jusqu'à 4 000 mètres) que les pandas géants.
Celui en photo a été photographié au « Ocean Park » d'Hong Kong le 24 août 2013 - © Jérôme POUILLE

 

La panthère des neiges partage l'habitat du panda. La panthère des neiges peut même se révéler être un
prédateur pour le panda, plus particulièrement lorsque la mère laisse son bébé seul pour se nourrir.
Malgré tout, elle vit généralement à des altitudes supérieures à celles fréquentées par le panda géant.
CLIQUEZ SUR L'IMAGE POUR L'AGRANDIR - © WWF

 


Les pikas asiatiques (une vingtaine d'espèces) fréquentent des habitats variés,
depuis les steppes sibériennes jusqu'aux sommets de l'Himalaya à plus de 6 000 mètres ;
bon nombre d'entre eux sont fouisseurs et grégaires.

 

Pour en savoir plus :

        > Le panda roux : fiche d'identité

        > Le panda roux : un carnivore végétarien

        > La salamandre géante de Chine, une espèce méconnue sous le parapluie du panda géant